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| Explorations Un grand sourire éclaire le visage d'Alain, la mer est plate. Cap au 240. Poussée par ses 300 chevaux, la coque déchire ce miroir : "nous plongerons sur Gouévaz" nous dit-il. Un nom qui ne nous rassure pas. Pour nos oreilles bretonnantes, gouez, ou goué en breton local, signifie sauvage et baz, peu profond, est passé au français basse, terme connu des marins et des plongeurs ! Nous passons le banc de guérande (à l'origine Gwenrann, de Gwenn : blanc, sacré et Rann : partie. Il s'agirait d'un site religieux défini et connu) une balise se profile à l'horizon. Nous stoppons. La chaîne se déroule, l'ancre perce la surface et défile. Nous venons de mouiller. Tête par-dessus bord, je regarde cette nappe océanique, translucide, laissant apparaître une multitude d'organismes vivants portés par le courant. Sauvage ? Qu'y a-t-il donc sous notre embarcation pour que ce haut fond soit ainsi nommé ? J'enfile mon vêtement, passe ma fenzy vieille de vingt ans. Alain me regarde en souriant, et frappe avec le mot juste : "Jurasic Diver !". Tout le monde à bord rit et moi le premier. Le buste massif sous la brise, Alain couvert d'un petit bonnet marin, est éloquent. Il ne manque pas d'humour et une chose est certaine, la morosité ne s'empare jamais de son navire ! La bonne humeur règne et les grincheux embarqués ne sont plus contagieux. Néanmoins mal à l'aise et surtout maladroits bardés de notre équipement, nous apprécions la mise à l'eau. Nous nous enfonçons dans l'émeraude l'esprit serein. Alain descend directement sur les flancs de la basse, par 12 mètres de fond. Le flux de la Loire dépose ici un fin dépôt, véritable marée nutritionnelle, elle alimente toute une faune fixée. Les parois sont couvertes de gorgones épanouies, d'alcyons fleuris, d'éponges aux couleurs chatoyantes... Les plumules, pourtant peu colorées, sont ici si vigoureuses qu'elles en sont élégantes, leur fin ramage pliant en souplesse, au gré des mouvements de houle. Des grappes multicolores de corynactis se disputent le terrain avec les tuniciers rouges et les ascidies. Une blennie opportuniste en a profité pour élire domicile dans le creux de ce tapis vivant. La visibilité réduite par les flots limoneux du grand fleuve sauvage, est de l'ordre de cinq mètres ce qui ne nous empêche pas d'admirer ces failles entravées de gorgones, et ce, dés six mètres ! Un site peu connu, peu plongé, donc protégé. Mon dernier souvenir de forêts de gorgones, ici en Bretagne, remonte à des plongées par moins quarante. Un plaisir que de s'enthousiasmer devant elles par si peu de profondeur. Songez au temps que Dame nature donne à cette colonie de polypes par atteindre une taille respectable, et au temps qu'il vous faut pour l'arracher... Dans le vert lumineux, Alain amorce une courte remonté, me fait signe de le suivre. A l'ombre des laminaires, nous nous faufilons dans une étroite tranchée. Nous sommes à présent sur la tête de roche, par six mètres. Soudain, Alain me tire par le bras et me montre, soudée par une gangue oxydée, une chaîne aux énormes maillons, je vois dans ses yeux un crépitement qui trahit son excitation. Que veux-t-il me faire découvrir ? Nous suivons la chaîne sur une dizaine de mètres, nous contournons un bloc, et là juste derrière, repose une ancre monumentale, colossale...je suis stupéfait. Alain, lui, semble satisfait par l'effet de surprise. Le jas, la partie supérieure de l'ancre, à bien deux mètres cinquante de longueur, l'anneau qui la relie à la chaîne est deux fois plus important qu'un anneau d'amarrage portuaire ! Je pense au bateau qui les tenait à sa proue, quel tonnage pouvait-il avoir ? J'imagine, un mois d'hiver 1831, des déferlantes démesurées se brisant sur cette roche embusquée, le choc des flots déchaînés. Tapi sous la surface, cet écueil arrogant piège les hommes, et ceux-ci le nomment, Gouevaz... |
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